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Point de vue interne à la troisième personne : plus ou moins « deep »

Comme indiqué précédemment, les points de vue externes et omniscients sont très loin d’être ma spécialité. Je vais donc désormais me concentrer sur la focalisation interne, et en particulier sur la troisième personne du singulier en mode Deep point of view.

L’esprit du deep point of view

J’aimerais pouvoir vous placer ici une petite étude sur l’évolution des modes de narration en fonction des époques, mais j’avoue avoir beaucoup de mal à trouver des sources sur le sujet. Cependant, il me semble bien que la focalisation interne est le mode de narration le plus récent. Externe et omniscient étant les manières « traditionnelles » de raconter les histoires. Ainsi, suivant cette logique, le point de vue interne a évolué au cours des dernières années jusqu’à devenir de plus en plus immersif, grâce à des changements subtils dans la manière d’écrire.

C’est une évolution qui me semble aller de paire avec celle des mœurs et de la vision de la littérature. En effet, plus le point de vue est immersif et plus le texte nous permet d’être « crument » dans la tête du personnage. En vivant à travers lui, on vit ses sensations (parfois loin d’être ragoutantes), ses émotions (plus ou moins honteuses), ses pensées (avec tout ce qu’elles ont de bordélique et d’incorrect). Ce qui est d’autant plus vrai dans les passages où les émotions et les sensations sont exacerbées, comme au cours d’un combat où d’une scène érotique. On se retrouve alors loin des canons de la littérature élégante au langage imagé et soutenu pour plonger dans le vrai avec tout ce qu’il a d’impur, de sale et de jouissif.

Ainsi, le deep point of view apparait dans des récits récents et modernes, qui ont plus pour vocation de prendre le lecteur par les tripes que d’explorer la beauté de la langue française (non qu’on ne puisse pas faire les deux à la fois, mais le DPOV a souvent quelque chose de très contemporain, et s’allie mal d’une écriture trop soutenue qui peut alors sembler surannée).

Parlons technique :

Pour rendre l’immersion la plus efficace possible dans un récit à la troisième personne, il existe quelques astuces d’écriture. Il ne s’agit pas d’une liste exhaustive ou absolue, mais d’un petit aperçu de ce que j’ai trouvé pendant mes recherches et qui recoupe plutôt bien des conseils qui m’ont été donnés par différents bêta-lecteurs.

Narration et dialogues : enlever le superflu

Lorsqu’un récit est écrit au Deep point of view, il est convenu que chaque sensation, émotion ou pensée rapportée est celle du personnage principal (un peu de la même manière que dans un récit à la première personne). Ainsi, il est possible de s’affranchir de nombreuses incises comme « songea-t-il », « se dit-elle », « pensa-t-il », etc… une convention d’écriture qui allège considérablement la narration et permet d’accroitre le rythme et la tension du récit.

De plus, les incises ont pour effet de rappeler en permanence au lecteur qu’il… lit. Ainsi, mettre le moins d’incises possible permet de faire oublier la présence de l’auteur derrière le texte. Chose qui est également vraie dans les dialogues. Remplacer les incises par de courtes phrases décrivant l’ambiance, l’environnement ou le langage corporel des personnages permet d’indiquer subtilement au lecteur qui prends la parole, de manière naturelle, comme s’il tournait simplement la tête pour observer le personnage qui parle.

De la même manière, les pensées du personnage seront naturellement intégrées à la narration, sans nécessiter de marqueur ou de typographie particulière. L’exception est celle de la pensée au « je » intégrée dans une narration à la troisième personne, qui est en général indiquée par de l’italique.

Une plongée dans les sens et l’esprit

Je vous ai déjà parlé du « Show don’t tell« . En réalité, cette technique d’écriture est intrinsèquement liée au DPOV. Car si un récit avec une narration distante peut se permettre de vous raconter les évènements de manière relativement neutre et dépassionnée, ce n’est pas le cas d’un récit qui se veut immersif. Ainsi, le DPOV nécessite de maîtriser de manière ultime le show don’t tell, afin que le lecteur soit en permanence happé par les évènement et ne s’en sente jamais dissocié.

Comme pour les incises, il existe d’autres astuces pour éviter de rappeler au lecteur la distance qui le sépare du personnage. La première est d’éviter la voix passive, qui a pour particularité cette mise à distance. Ensuite, il faut éviter de donner des indications qui sont inutiles au narrateur. Par exemple, présenter un personnage secondaire en disant « Suzanne, la soeur aînée de sa mère » sonnera un peu faux, car le héro n’a pas besoin de se rappeler à lui-même son lien de parenté avec Suzanne. Il sera plus naturel d’introduire le prénom et de donner l’information suivante par le biais d’une ligne de dialogue (« Bonjour tata! ») ou d’une pensée (« Toujours habillée à la dernière mode, à se demander comment elle pouvait être du même sang que sa mère. »), quitte à le faire quelques lignes plus tard.

Enfin, toute la narration doit transpirer l’identité du personnage que l’on incarne. C’est ce que l’on appelle « la voix du personnage ». Dans l’idéal, un récit dans lequel la narration se partage entre trois ou quatre personnages doit permettre au lecteur de deviner dans la tête de qui il est sans indication, en quelques lignes. Pour cela, il faut que la manière de raconter corresponde au caractère et à l’éducation du narrateur : niveau de langue, vocabulaire, champ lexical, manière de penser… De cette façon, même la description d’une pièce peut devenir « vivante », car deux personnes différentes qui arrivent au même endroit ne verront pas les mêmes choses, ou pas de la même manière.

Enfin, il ne faut pas hésiter à laisser le narrateur s’exprimer. Ainsi, les pensées ne sont jamais un long fil cohérent de bout en bout. Une vision, une odeur vont faire remonter un souvenir, une phrase va déclencher des émotions, des pensées vagabondes vont survenir sans prévenir, des hésitations, des monologues intérieurs. Et parfois, il ne faut pas hésiter à laisser transparaître une certaine confusion ou à revenir à une plus grande distance pour accentuer un état émotionnel comme le choc, la douleur, une prise de substances, etc…

Voilà pour la narration à la troisième personne ! Je reviendrais prochainement avec des articles sur la première et la seconde personne du singulier !

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Sources : http://theeditorsblog.net/2011/11/16/deep-pov-whats-so-deep-about-it/

2 réflexions au sujet de “Point de vue interne à la troisième personne : plus ou moins « deep »”

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