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La nouvelle, un genre à part?

Soyons francs, qui parmi vous lis des nouvelles ? (je veux dire, à part les grenouilles 😉 )

Ces textes, sans doute un peu désuets, ne séduisent que rarement à notre époque où le roman a le vent en poupe. Pour beaucoup, la nouvelle, c’est le texte court qui parsème encore certains magasines comme Nous deux (oui, j’ai lu Nous deux, ses nouvelles à l’eau de rose et ses romans-photos, on ne se moque pas!).

Pourtant, nous qui lisons et écrivons de la SFFF, gardons peut-être un attachement un peu particulier à ce format qui a vu les débuts de notre genre favori. Maupassant, Bradbury, Dickens, Kafka, Stephen King, P. K. Dick… autant de noms célèbres qui ont écris longtemps des textes courts publiés dans des magasines à thèmes. Si ces formats sont désormais passés de mode, la nouvelle n’a aucunement perdu en intérêt.

Histoire de la nouvelle *

L’ancêtre de la nouvelle pourrait être le maqâma, genre littéraire arabe fondé au Xème siècle, qui consiste en de courts récits de fiction tirés des Khabar : des anecdotes transmises oralement.

Au Moyen-Âge en Europe, les récits brefs sont nombreux : conte, fable, lai… mais ils présentent déjà la spécificité d’offrir un récit avec une unité narrative. Basés sur une morale pré-établie, ils n’ont cependant pas vocation à surprendre le lecteur.

A la renaissance, c’est Boccace qui fait évoluer le genre pour y présenter des histoires ayant pour vocation de bouleverser l’ordre établi. La tension devient le fil conducteur du récit et l’inattendu y prend toute sa place.

Peu à peu, la nouvelle se rapproche du roman. C’est au siècle des lumières qu’elle en sera le plus proche. Les genres littéraires sont alors très flous et la nouvelle prend de nombreuses désignations, tout en étant souvent confondue avec le conte. Son sujet est bien souvent limité à la romance, comme cela a été initié par les périodes espagnoles et italiennes du genre.

Il faudra attendre le XIXème siècle pour que ce format acquière des spécificités de genre. Le caractère esthétique de la nouvelle en devient la préoccupation principale.  Edgar Allan Poe y fixe une règle : « Tout élément narratif doit être conçu en fonction du paroxysme dramatique livré dans l’oeuvre. » La nouvelle devient un récit incisif avec une fin surprenante. Les genres privilégiés étaient alors le fantastique et le réalisme et peu de romanciers n’étaient pas également novellistes. Le genre se défini par « une unité parfaite d’une totalité incontestable« *.

Cependant, déjà la nouvelle se veut le moyen d’explorer les genres et les tons. D’autres manières de concevoir la nouvelle sont alors défendues, notamment par Tchekhov et Katherine Mansfield. La nouvelle devient un laboratoire d’expérimentation de l’écriture.

Le XXème siècle ne verra que peu d’évolution car ce genre tombe en désuétude. Il reste malgré tout porteur aux USA, où les deux styles pré-cités continuent de cohabiter et de s’opposer : une structure narrative rigide porteuse d’un sujet simple versus une structure multiple au contenu complexe.

La nouvelle : un style à part entière ?

Ce thème a déjà bien été abordé dans la partie précédente, mais je vais tenter d’améliorer la définition des différents types de nouvelles. Dans tous les cas, la nouvelle est plus qu’un format, il s’agit d’un style d’écriture. En effet, limiter l’art de la nouvelle à écrire un roman de petite taille serait très réducteur et bien souvent complètement faux. La nouvelle est un genre aussi différent du roman que peut l’être un poème ou une pièce de théâtre.

Alors quelles sont les caractéristiques d’une nouvelle « classique » ? Il s’agit (en très résumé et simplifié) d’un texte décrivant un évènement unique qui se termine abruptement par une chute inattendue ou humoristique. Cet attachement au classicisme est particulièrement vrai dans le milieu francophone qui défini parfois la nouvelle en se limitant à ce style de « récit à chute ».

Mais la nouvelle, ça peut-être bien plus que ça. La nouvelle conception de ce genre ouverte par Tchekhov et Katherine Mansfield autorise une liberté que l’on peine à retrouver dans les autres genres. Si la brièveté du récit et son esthétique restent de mise, le traitement peut alors prendre autant de formes qu’il existe d’auteurs, et plus encore.

Je ne suis pas une grande lectrice de nouvelles, loin de là. J’ai pourtant souvent observé des textes qui correspondaient pas au format : évènement unique + chute. J’ai ainsi entendu parler, parfois au sujet de mes propres textes, de « nouvelle d’ambiance« . Un texte sans action ni péripéties particulières, et qui a plutôt pour but d’évoquer une atmosphère. Ce seront souvent des textes un peu lent, souvent oniriques ou poétiques.

Autre format que j’utilise souvent (oui, les chutes et l’humoristique, ce n’est pas mon truc), c’est celui que j’appelle « tranche de vie« . La nouvelle va alors suivre un personnage qui se situe à un tournant de sa vie, qu’il en ait conscience ou non. Ainsi, la nouvelle nous montrera le ou les évènements qui ont eu lieux et en quoi ils ont permis au héro de changer, de progresser. Une nouvelle dont le but explicite sera alors l’exploration de la psychologie du personnage, un peu à la manière d’un voyage initiatique.

Une vidéo m’a particulièrement interpelé à ce sujet, celle de Story teller. Il y oppose nouvelle / roman non pas en terme de longueur mais de style. Ainsi, pour lui la nouvelle se limite strictement à sa définition classique, tout le reste ne correspondant qu’à des « romans » plus ou moins long.

Ce qui est sûr, c’est que la « nouvelle à chute » n’est pas la seule qui plaise. Il est tout à fait possible d’écrire autre chose et de taper dans l’oeil d’un anthologiste.

La nouvelle, meilleur ennemi des écrivains

Il existe des écrivains presque purement nouvellistes, à qui ce format court correspond parfaitement et qui n’ont pas pour ambition d’écrire d’autres choses. Cependant, ce type de texte ne doit pas être limité à eux seuls. Un romancier, ou un apprenti romancier, aura beaucoup à apprendre en écrivant une nouvelle !

Moi même j’ai beaucoup appris de cette pratique. Les thématiques proposées dans les Appel à texte de différentes anthologies ont stimulées mon imagination. J’en ai même tiré des mondes ou des personnages qui ont perduré pour donner des récits plus long (chut, ne le dite pas aux nouvellistes!). Pourtant, ce format, je le hais parfois ! Bien souvent la nouvelle m’apparait frustrante, dans ses limites, dans ce qu’elle dévoile des personnages, dans ses corrections minutieuses qui semblent sans fin. Car malgré tout, reste la nécessité d’un texte resserré qui associera unité et esthétisme. La nouvelle, pour un romancier, c’est donc parfois (souvent?) un ennemi à abattre. Mais un ennemi qui nous fait grandir et avancer dans notre quête !

En effet, la nouvelle nous apprends, dans tous les cas, l’art de la concision. Développer un univers, créer des personnages sont les parties « faciles » par rapport au fait d’exposer ces univers, de présenter ces personnages, sans tomber dans l’encyclopédie ou la carte d’identité. Ces dérives sont très classiques chez l’écrivain débutant qui aime son monde et souhaite le faire découvrir, sans maîtriser l’immersion progressive. Cela donne souvent des premiers romans avec des débuts lents et poussifs. Ecrire une nouvelle, plus encore si elle se déroule dans un monde inventé, vous apprendra à présenter votre univers par petites touches, à y immerger votre lecteur en ne laissant filtrer que l’essentiel et en laissant de côté le superflu. Un apprentissage compliqué mais indispensable pour écrire un début de roman qui tienne la route et accroche les lecteurs.

La nouvelle, c’est aussi l’obligation de faire ses preuves tout de suite et tout du long. S’il est essentiel, dans un roman, de soigner particulièrement l’accroche (donc, l’éventuel prologue et les premiers chapitres), une nouvelle devra être ciselée du début à la fin. Exit les longueurs, les styles alambiqués, les adverbes inutiles et les tournures poussives. Dans la forme comme dans le fond, la nouvelle doit bouger, vivre et aller à l’essentiel. Bien sûr, cette part s’appliquera de manière moins drastique à une nouvelle d’ambiance qui recherchera justement une certaine forme de lenteur. Cependant, ces récits sans action rendent encore plus important le choix permanent du bon mot, de la bonne phrase. Une recherche de qualité qui n’autorise pas l’à peu près.

« Si la première phrase n’est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l’œuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité. »

Beaudelaire, Notes nouvelles sur Edgar Poe

La nouvelle, un premier pas vers la gloire ?

Autre avantage de la nouvelle, c’est qu’il s’agit d’un format facilement publiable. Les anthologies, thématiques ou non, sont nombreuses et en général ouvertes aux auteurs inconnus. Certains mettent à disposition leurs textes gratuitement sur leurs blogs (de toute manière, la publication de nouvelles est bien souvent à titre gratuit, même avec un éditeur). La nouvelle constitue alors un bon moyen de faire ses armes, de commencer à se faire connaître, de découvrir l’envers du décors : corrections éditoriales, publication, promotion, salons… qu’on le fasse seul, au sein d’une association ou d’une maison d’édition professionnelle. Les anthologistes inviteront facilement leurs auteurs sur des salons. Il ne faut pas hésiter à y aller dans la mesure de ses moyens. Rencontrer des lecteurs, parler de son texte ou d’autres, dédicacer, c’est un apprentissage incontournable pour qui veut partager ses écrits.

La nouvelle, un format adapté à la vie moderne ?

La nouvelle, si elle est passionnante à écrire, l’est aussi à lire ! Bien entendu, la grande lectrice de roman que je suis sera parfois frustrée de ces textes trop courts à mon goût, où l’on abandonne parfois les personnages avec un goût de trop peu. C’est pourtant un format particulièrement adapté à notre vie et à notre société moderne.

Des textes courts, mouvementés, qui nous permettent en quelques lignes de s’immerger dans un autre monde, une autre vie. Qui nous font passer dans un même ouvrage d’un univers médiéval à un space opéra, de jongler avec les époques, les lieux, les personnages… tout en poursuivant un thème commun, comme un fil rouge que l’on prendra plaisir à poursuivre de texte en texte, de plume en plume, à travers des visions aussi variés qu’il y a d’auteurs de nouvelles.

Les nouvelles, ce sont aussi des lectures rapides. Quinze à quarante minutes environ, selon les textes. Un trajet en métro ? Une petite histoire avant de dormir ? Quand il est difficile de se dégager du temps pour soi, pour se détendre et se faire plaisir, la nouvelle offre la possibilité d’une lecture plaisir que l’on ne sera pas frustré de lâcher au bout de trente minutes, ou que l’on aura pas la tentation de poursuivre jusqu’à trois heures du matin !

Enfin les nouvelles, ce sont des respirations. Des pauses aux dépaysements garantis, des découvertes de nouveaux auteurs qui n’auront guère le temps de nous lasser, qu’on les aime ou non. Et peut-être, qui nous donneront envie de replonger dans leur imaginaire, le temps d’une autre nouvelle, d’un recueil, voir peut-être d’un récit plus long.

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*Sources : wikipedia (oui, désolé) et La nouvelle à travers les siècles de Lucie Gagnon (je vous le conseille, c’est passionnant et pas trop long)

3 réflexions au sujet de “La nouvelle, un genre à part?”

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