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Développement, Errances

Sommeil (ou pas) et dépendance

Mon premier souvenir d’insomnie remonte à mon enfance. Je me souviens que je suis allée dire à mes parents que je n’arrivais pas à dormir, ils m’ont conseillé de compter les moutons. Un temps incertain plus tard, je suis redescendue, perplexe. J’étais déjà à 200, et je ne dormais toujours pas.

Photo de 3 agneaux, dont un en train de somnoler, allongé dans l'herbe.
Image par AlkeMade de Pixabay

Mes parents ont des souvenirs bien plus vieux. Des nuits à tenter toutes les solutions pour me rendormir, avant de finir par me mettre devant une cassette vidéo pour qu’eux puissent retourner se coucher.

L’insomnie est donc une vieille compagne et devrait être devenue une habitude. Mais, il semblerait que quelque chose ait déconné en chemin. Qu’en arrivant à l’âge adulte, j’ai arrêté de m’en foutre. Parce que… peut-être parce qu’avec l’âge adulte et ses responsabilités, j’angoisse beaucoup trop à l’idée de ne pas être « aussi performante que je le devrais » ou de « perdre une journée où j’aurais pu faire des choses utiles ». Bon, on parlera de l’injonction à la productivité permanente une autre fois.

Photo d'un renard, endormi sur une souche d'arbre.
Image par Pexels de Pixabay

J’ai aussi plus conscience de l’état dans lequel me met la fatigue (ou alors, la fatigue est devenue plus compliquée à gérer avec les années, je ne suis pas trop sûre). C’est une sensation qui plombe mon corps, me donne froid et fout en l’air tous mes signaux de faim (je ne suis parfois plus trop sûre de savoir si j’ai faim ou la nausée). Quand je suis fatiguée, je suis à plein dans la dysfonction exécutive. Je sais que je devrais manger. En général, faim et fatigue extrême vont de pair, même si j’ai réalisé seulement récemment à quel point. Mais pour manger, il faut réfléchir énormément : se souvenir de ce qu’on a de disponible, décider quoi choisir, y aller, prendre les aliments, prendre les couverts, mettre les aliments ensemble, dans le pire du pire : faire chauffer… tout ça en n’étant pas trop bien sûr si on a faim ou pas. Sincèrement ? Les substituts de repas me sauvent la vie (du lait, une dose de poudre : problème résolu, et ça passe même quand j’ai la nausée).

(Je vous parlerais plus en détail de la fatigue dans un futur article, parce que je crois que je suis en train de mettre le doigt sur un truc.)

Et bien sûr, la fatigue ne me permet pas de dormir pour autant. Ce serait trop facile. Au contraire, même. Elle me propulse dans un état d’anxiété, d’hypersensibilité et d’hyperémotionalité qui me donne l’impression d’avoir une tornade dans la tête. Alors, dormir…

Photo d'un léopard, endormi sur une branche, avec les pattes qui pendent de chaque côté.
Image par edmondlafoto de Pixabay

J’ai tenté des astuces, des rituels, des compléments alimentaires, des médocs… je me suis arrêtée sur les médocs, parce que ça a le mérite de marcher. J’ai beaucoup culpabilisé, parce que j’en prends presque en continu depuis 6 ou 7 ans et c’est addictif, ces merdes. Je jongle avec les dosages pour tenter d’éviter l’accoutumance. Je baisse. Je remonte. J’ai renoncé à me sevrer, même ponctuellement. À quoi bon ? Puisque ça marche.

Alors… oui, je suis dépendante. Et je commence seulement à accepter que peut-être, ce n’est pas si grave. Ça a l’air tellement dramatique, vu de l’extérieur, de devenir dépendant d’un traitement. Surtout quand il s’agit de traitement psy ou d’antidouleur. Parce qu’ils rendent accro. Oui. Et alors ? C’est si terrible que ça, de devoir les prendre à vie, s’ils fonctionnent ? Il y a des effets indésirables ? J’ai pris la pilule pendant 15 ans, et personne n’avait l’air de se poser la question des effets indésirables (alors que j’en avais). Limite si mon médecin ne m’a pas traitée de parano, quand je lui ai dit que je voulais passer au stérilet pour ne plus bouffer d’hormones. Alors le problème des effets indésirables… c’est bien quand ça arrange la pensée collective.

Peut-être qu’un jour, j’arriverai à dormir sans. Peut-être pas. J’ai arrêté d’essayer. Pas tant que je n’aurais pas trouvé un équilibre dans tout le reste. Parce que… bien sûr, je pourrais survivre en faisant de mauvaises nuits. Mais sincèrement, est-ce que ça vaut la peine de me l’infliger ?

PS : Quelques heures après avoir posté cet article, je suis tombée sur un article passionnant sur les rythmes de sommeil. Je le mets en lien, mais je vais le résumer rapidement pour les non anglophones : il semblerait que le rythme de sommeil aux époques pré-industrielles était de 2 sessions de 4h de sommeil, séparées par 2 ou 3 heures d’éveil (occupées à socialiser, faire des taches tranquilles, etc…). Notre manière de dormir actuelle (sommeil ininterrompu de 7 ou 8 heures), serait très probablement une aberration physiologique, provoquée par l’éclairage artificiel, les rythmes de vie et un manque chronique de sommeil des populations.

Il serait donc en réalité naturel d’avoir un sommeil fractionné, et de mettre plus d’une heure à s’endormir le soir. C’est assez « amusant » parce que rythme fractionné (21h => 1h du mat, puis réveil, puis 3h => 7h) est exactement celui que j’avais enfant, avant d’entrer à l’école (donc avant la fatigue) et qui a posé tant de soucis et de questionnements à mes parents.

Les insomniaques seraient donc ceux qui peinent à s’adapter au rythme de sommeil artificiel imposé par notre société… cela ne changera sans doute pas drastiquement ma manière de gérer mes insomnies, parce que la société ne va pas disparaitre pour me laisser soudain dormir de la manière dont mon corps semble en avoir besoin. Mais well, ça ouvre des perspectives, quand même.

#TrèsVeryLotProbablyAutistic

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