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Errances, Identités

L’hypothèse autistique

Il y a près d’un an, Mélanie Fazi publiait un article qui provoquait un étrange écho en moi. En effet, peu de temps avant, je m’étais posé exactement les mêmes questions. Je me les pose encore. Elle a achevé son parcours, j’attends encore de décider si je vais entamer le mien.

Le questionnement est venu pour moi d’une manière étrange, grâce à Twitter. C’est là, en suivant les comptes de personnes autistes, que j’ai réalisé que je me reconnaissais étrangement dans ce qu’iels évoquaient. Alors j’ai listé, mentalement, pendant des jours. Et je suis arrivée à cette étrange conviction : tout y est.

Le fait de me prendre, encore, le meuble qui n’a pas bougé depuis 10 ans ? Ces soirées où je fuyais la musique beaucoup trop forte alors que ça ne semblait gêner personne d’autre ? Cette sensation que ma peau est trop fine, à certains moments ? Des hypo et des hyper sensibilités.

Figure des 3 singes (ne pas entendre, ne pas voir, ne pas parler) assis sous une rangée de cloches.
Image par congerdesign de Pixabay

Cette difficulté à contrôler mes émotions, ces larmes qui viennent pour des sujets parfois tellement anodins, cette panique insidieuse devant toute manifestation de colère. La peur. Pas une peur précise ou identifiée. Juste la peur. Du monde, des gens, des conversations, du téléphone, d’échouer, de décevoir (vraiment beaucoup beaucoup de décevoir).

Mon incapacité presque pathologique à reconnaître les visages. Essayez de regarder un film d’espionnage avec moi, c’est très drôle. Il suffit que le personnage change son nom et mette un chapeau et je suis complètement larguée. D’ailleurs, mon copain me fait des quizz quand on sort du ciné, pour voir si j’ai reconnu les acteurs (spoiler : non).

Ces questions que personne d’autre ne semble s’être jamais posées. J’ai passé six mois à être totalement obsédée par le sens de la vie. Ce questionnement me paralysait. Si je ne croyais pas en l’au-delà et que je ne souhaitais pas d’enfants, quelle différence si je mourrais le lendemain ? Quel intérêt pour moi d’être née et de rester là ? D’avancer ? Dans quel but ? Je n’avais pas envie de mourir. J’étais juste obsédée par cette absence de sens et de réponse. (J’en reparlerais éventuellement dans un prochain article, car ce questionnement a été très important pour ma construction).

Galets disséminés sur une plage de sable fin.
Image par Free-Photos de Pixabay

Tous ces apprentissages tardifs, que j’ai eu l’impression de réaliser après vingt ans alors qu’ils étaient évidents pour tous les autres : regarder les gens en face, avoir une conversation avec un inconnu, cacher des choses (Pas mentir, juste ne pas déballer toute ma vie et mes pensées à n’importe qui. C’est pratique pour consulter un psychologue, par contre.), accepter que les gens n’ont pas forcément envie de débattre sur tout juste pour le plaisir immense de débattre (alors que c’est tellement fun), réaliser qu’il y a une différence entre faire preuve de tact et être hypocrite.

Et les passions. Ces hobbies qui prennent toute la place, tout mon temps libre et toutes mes pensées. Elles bougent, jamais vraiment figées. L’écriture me suit depuis que je suis enfant, pourtant elle n’a pas toujours eu la première place. Il y a eu la photo, la culture japonaise, les loups… et tellement d’autres. Elles sont mon lien au monde et aux gens. Une connexion à l’autre que je maîtrise et qui me permet de passer outre mon malaise social (voire de devenir trop sociable, quand on me lance sur ce genre de sujet, je n’ai plus de bouton-stop).

Et puis la fatigue, malgré tout. Et cette incompréhension absolue envers tous ces gens qui arrivent à cumuler travail à temps plein, vie de famille et relations sociales. Je n’ai jamais eu ce souci pendant mes études, et je ne l’ai pas non plus quand je travaille sur mes romans. C’est le travail extérieur, celui que je ne contrôle pas et qui m’oblige à être au contact d’autres humains, qui me paraît si compliqué. Soit je travaille, soit je vis. Et je ne veux même pas imaginer ce que ce serait, d’avoir des enfants.

Et pourtant… quand je regarde les difficultés vécues par les autres personnes autistes, je doute. Est-ce que je suis « assez autiste » pour pouvoir le dire ? Pour pouvoir être diagnostiquée ou pour que ça en vaille la peine ? J’ai un travail à temps partiel choisi, je suis en couple, j’ai des amis, je suis capable de prendre un rendez-vous par téléphone, je ne fais pas de meltdown ou de shutdown, ou alors je ne les identifie pas ainsi. Je ne suis ni en dépression ni en burn-out. Je suis parvenue à un équilibre.

Mais parfois, mon corps et ma tête me rappellent qu’il suffit d’un grain de sable pour revenir à cette sensation terrifiante que je n’y arrive plus. Que peut-être, je devrais tout plaquer pour m’enfermer dans un studio et y vivre en ermite en écrivant des livres. C’est bien, les livres. C’est plus simple que de devoir parler à des gens.

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