Vieux livres sur une étagère.
Archives

Identité, genre et écriture…

Parler de genre, une expérience très personnelle qui s’en ressent pourtant énormément sur l’écriture, que ce soit à travers les personnages ou les thèmes abordés.

Parlons personnages… où sont les femmes ?

J’ai toujours eu beaucoup de mal avec les personnages féminins.

Tout a commencé à 17 ans, première idée, premier roman (qui dort actuellement dans mon disque dur en attendant que j’ai la pulsion suicidaire d’aller le relire pour le reprendre). Un personnage principal en point de vue focal (il est le narrateur sur tout le texte), un meilleur ami, une ex-femme qu’on ne voit jamais et une gamine de 11 ans qui se pointe vers le dernier tiers. Bref, pas de femmes.

Dix ans plus tard environ, un nouveau roman voit le jour. Un héro masculin pour lequel je cherche à caser un love-interest qui ne soit pas trop plat. Le love-interest en question sera un homme, et deviendra le personnage principal d’une quadrilogie. Encore une fois, deux personnages narrateurs, une quinzaine de personnages secondaires, deux ou trois femmes seulement. Ma première « romance » voit le jour. C’est une histoire d’amour homosexuelle qui se déroule dans un camp militaire, au sein d’un monde en guerre, et explorera des thématiques comme la tolérance, mais aussi la mort et le deuil, le syndrôme de stress post-traumatique, le handicap… des personnages masculins pour un univers et des thèmes plutôt masculins.

Depuis, j’ai fait des progrès. Dans Habemus papam, un homme et une femme se partagent la narration. Inutile de dire que le personnage de Sarah est celui qui m’a donné le plus de mal. Son caractère, son back-ground, ses réactions… une lutte permanente pour obtenir un personnage à peu près crédible. Ce à quoi je ne serais jamais parvenue sans mes béta-lectrices d’exception !

Nouveau roman… je replonge dans mon domaine de prédilection, la romance gay dans un contexte de conflit et de traque au monstre. Vous avez dit « cas désespéré » ?

Alors d’où me vient cette difficulté à raconter la femme ?

Le premier point est sans doute le manque d’intérêt. Parce que j’en suis une et que je n’ai pas envie d’explorer ce que je connais déjà ? Possible, et pourtant, le second point est tout de même une vrai difficulté pour moi à créer des personnages féminins crédibles. Les hommes me viennent facilement, avec une compréhension de leurs actes, de leurs réactions… que j’ai beaucoup de mal à avoir sur les personnages féminins.

Et moi, qui suis-je ?

Avant même de savoir ce que le terme un peu barbare de « genre » recoupait, si on laissait parler mon instinct, je me qualifiais avec naturel de « garçon manqué » ou de « fille du groupe ». Vous savez, cette fille qui appartient à son groupe de potes,  devant laquelle les mecs jouent aux jeux video, parlent flingues (et non fringues), SF et fantasy et font des blagues misogynes. (Moi aussi je fais des blagues misogynes, et féministes, et sur les juifs, les blondes et les brunes, et sur les bébés, les poussins et les ascenseurs. *Se planque pour esquiver les jets de tomates pourries*).

Il y a peu, on m’a demandé pour la première fois par quel pronom je voulais qu’on me désigne. Ca a été un choc. On me demandais non pas dans quel corps j’étais née, mais ce que je souhaitais être. Cette réponse, je l’avais déjà, sans savoir quels mots mettre dessus. Puis j’ai découvert la notion de non binarité des genres. Qu’est-ce que ça signifie ? Que l’on n’est pas obligé d’être une fille ou un garçon, qu’on a le droit d’être quelque part entre les deux, voir en dehors de ce système. Mais Princ(ess)e vous l’expliquera mieux que moi.

Le problème des genres, un soucis de langue ?

Je ne parle pas du truc rose que l’on a dans la bouche, et qui est proportionnellement le muscle le plus puissant du corps humain (si si, je vous jure). Je parle du langage, et de cette particularité de la langue française (et de bien d’autres) qui est de tout genrer. Les pronoms (il, elle… où est le « it », pronom neutre en anglais ?), mais aussi les adjectifs et les accords (aucun objet n’est neutre, et trop de mots ont une binarité : belle/beau, petit/petite, fille/fils, une fleur, un arbre (oui, je m’égare)).

Comment écrire un personnage non binaire ?

Je reviens ici sur l’écriture, après tout, c’est bien le thème de ce blog. Comment désigner un personnage qui ne se reconnaît pas dans cette dualité ? Un problème qui peut entraîner de sacrées migraines à l’auteur francophone qui souhaite ne pas genrer un personnage.

Si vous avez regardé Princ(ess)e, elle a pu vous apporter une partie de la réponse. Il existe des pronoms qui ont été créés pour répondre à ce but, comme « Iel » ou « Ol ».

Le soucis des accords est plus complexe, car les mots neutres à la fois à l’oral et à l’écrit sont très rares. Le masculin devrait-il toujours l’emporter, comme c’est souvent le cas par défaut dans notre langue ? Une question qui n’a pas trouvé de véritable réponse. Certains choisissent d’alterner masculin/féminin, d’autres de compléter les accords avec des parenthèses ou des / (« Iel est belle/beau », « Tu es sot(te) »). Ce qui donne un texte très lourd et peu lisible sur la longueur. Quelques uns ont le courage d’éviter tout mot genré et tout accord (Bravo à une grenouille qui se reconnaîtra !).

Un personnage non binaire chez moi, il ressemblerait à quoi ?

Une question délicate. Pour se mettre dans la tête d’un personnage, il faut le comprendre. Pour le moment, aucun personnage de ce style ne s’est pointé dans ma tête. Je suis persuadée que ça finira par venir. Alors, à quoi ressemblera t’il/elle ? À moi ?

Le pronom : Un pronom me séduit particulièrement, il s’agit de « el ». Malgré l’inconvénient de ne pas être distinguable de « elle » à l’oral, il l’est à l’écrit. Sa consonance féminine est quelque chose qui me séduit (une préférence toute personnelle, qui correspond à mon emplacement sur l’échelle du genre), de même que sa sobriété.

Les accords : Je peinerais sans doute à créer un personnage qui se situerait totalement en dehors de l’échelle masculin/féminin. La neutralité est une chose que je peine à me représenter. C’est pourquoi je pense que le plus simple serait l’alternance des accords, en fonction de la période, de la situation… quelque chose que j’utilise parfois pour moi-même (en général, quand je me dis que « je suis trop con », on voit dans quel domaine le masculin gagne. *Sifflote d’un air innocent*).

Le prénom : Une chance, les prénoms mixtes ne manquent pas. Les classiques mais élégants Camille, Dominique, Alix. Certains prénoms dont le genre dépends du pays d’usage (Laurence / Lawrence). Et je m’incline à jamais devant Stephen King pour avoir nommé un personnage masculin Barbara (dans Le dôme).

Bref, voilà un personnage qui n’est pas encore née… mais ne demande qu’à éclore.

 

 

 

 

 

13 réflexions au sujet de “Identité, genre et écriture…”

  1. Tu soulèves des points très intéressants dans cet article je trouve. C’est marrant je ne m’étais jamais posé la question de la facilité (ou non) avec laquelle me viennent mes personnages d’un genre ou d’un autre – au final les personnages féminins me viennent bien mais j’ai l’impression de faire toujours le même type de femme (forte, décidée, peu versée dans l’émotion, une femme qui ne colle pas du tout à sa case de genre en quelque sorte). Du coup maintenant quand j’imagine un personnage je ne décide pas de son sexe tout de suite, de sorte que je ne sois pas influencée par ce paramètre lors de sa « création ».

    De ton côté, est-ce que tu te « pousses » encore à créer des personnages féminins ou est-ce que tu préfères en rester à ce qui te convient le mieux? (tu as dit que tu t’étais remise à une romance homosexuelle donc j’ai peut-être déjà la réponse à ma question, en fait)

    C’est sûr que l’avènement d’un vrai genre neutre (comme « das » en allemand) dans la langue permettrait beaucoup plus de choses en fiction. Certains auteurs font les choses différemment en inventant leurs propres codes de langage avec la culture – par exemple Ann Leckie, dans « Les Chroniques du Radch » a décidé que le genre par défaut serait le féminin pour tous les humains (toutes les humaines donc) au sein de son Empire Radchaai. Ajoute à cela le fait que le narrateur est une IA pour qui la notion de genre/sexe est inconnue, on passe une grande partie du tome 1 à ne pas connaître le sexe/genre des personnages humain(e)s, ce que j’ai trouvé super cool. Je me demande comment l’autrice a rendu ça en VO d’ailleurs, je l’ai lu en français.
    (commentaire-digression bonsoir!)

    1. Pour le moment, je reste sur un panel de persos principaux masculins, avec tout de même des personnages féminins secondaires, qui me viennent peut-être plus facilement qu’avant. Cela ne signifie pas que je ne le ferais plus à l’avenir, ne serait-ce que parce que j’aime me lancer des défis.
      J’ai déjà entendu parler des « Chroniques du Radch », mais pas encore lu. Je vais surement le tenter en VO (si c’est de l’anglais, en tout cas ?). Je te dirais ce que ça donne.

  2. Je viens poser mes quelques réflexions ici ^^

    Premier truc, qui n’a pas grand chose à voir avec le schmilblick:

    => »C’est une histoire d’amour homosexuelle qui se déroule dans un camp militaire, au sein d’un monde en guerre, et explorera des thématiques comme la tolérance, mais aussi la mort et le deuil, le syndrôme de stress post-traumatique, le handicap… des personnages masculins pour un univers et des thèmes plutôt masculins. »

    Par curiosité, pourquoi tu trouves ces thèmes plutôt masculins? la tolérance, je placerais plutôt ça du côté féminin par exemple. Le handicap, la mort, le deuil, ça me paraît assez neutres comme thèmes. La guerre, je comprends bien, mais le reste…

    Je trouve très intéressant ce que tu dis sur ta difficulté à créer des persos féminins, le manque d’intérêt, mais aussi le souci de la crédibilité. Je serais incapable de faire vivre les aventures de mes persos à des filles alors qu’au fond…si Virgile s’était appelé Virginie, Natalis, Nathalie, Aksel, Aleksandra ou que Frédéric avait été Frédérique (je l’ai envisagé pendant trente secondes au moment de la conception du bouquin ^^ ), ça ne changerait fondamentalement rien aux romans.
    Pour moi, je pense que ça vient peut-être de mon côté garçon manqué… Je suis une fille, je me reconnais comme telle, mais les filles en général restent un grand mystère pour moi. Je n’ai jamais eu de centres d’intérêt typiquement féminins, ni d’activités vraiment féminines, ni tout ce qu’on assimile généralement aux filles. J’ai certes joué à la poupée quand j’étais gamine, mais ça n’est jamais allé très loin. Peut-être que j’ai peur de ne pas arriver à créer de filles crédibles, de tomber dans la caricature… Et du coup, mes persos filles sont souvent (voire presque toujours) des garçons manqués, c’est particulièrement vrai Cedren… Pour Aube, je pense que c’est peut-être plus équilibré, une féminité plus marquée, mais aussi la volonté de s’affirmer.
    Sinon, c’est peut-être lié à toutes les difficultés que j’ai à parler de moi…et qu’avoir des personnages féminins, ce serait en quelque sorte parler de moi, de ce que je suis, alors que ça n’est pas le cas avec des garçons – raisonnement absurde, parce qu’il y a forcément une part de moi en eux ^^
    Et je te rejoins totalement sur cette phrase:
    « Les hommes me viennent facilement, avec une compréhension de leurs actes, de leurs réactions… que j’ai beaucoup de mal à avoir sur les personnages féminins. »

    Ça devrait être la même chose et pourtant…non.

    => »Je parle du langage, et de cette particularité de la langue française (et de bien d’autres) qui est de tout genrer. Les pronoms (il, elle… où est le « it », pronom neutre en anglais ?), mais aussi les adjectifs et les accords »

    Le problème du « it », c’est qu’il me semble qu’il ne désigne que des « choses » ou assimilées, et non des êtres humains. Et dans les langues qui ont un neutre…l’attribution des genres reste assez aléatoire. En allemand, la dame se dit « die Frau », mais la jeune fille est neutre, « das Mädchen »…

    C’est moi la grenouille qui évite tous les mots genrés? ^^ (enfin, qui tente de le faire…je suis sûre qu’il en reste encore :pleure: ). Réflexion qui m’est venue l’autre jour, en cogitant sur mes futures corrections: je me disais que Virgile devrait employer plus souvent le « elle » pour Camille, notamment dans les scènes où Camille utilise le féminin. Parce que je me dis que sinon, il nie une partie de sa personnalité en se référant toujours à lui comme à un garçon – bon, ce n’est pas une gymnastique facile pour lui parce que Camille s’est d’abord présenté à lui comme un garçon, mais je trouverais intéressant qu’il fasse des efforts pour s’adapter à la façon dont Cam’ se perçoit.

    Pour la création du personnage non-binaire…c’est quelque chose qui m’a surprise dans la conversation sur le fil de Cocy, où pas mal de gens ont dit qu’ils ne se sentaient pas de créer un tel personnage. Mais pour la plupart, ce sont des auteurs femmes qui créent des personnages garçons, des aliens, des gens qui ont une vie à dix mille kilomètres de la leur…on ne peut avoir qu’une perception biaisée de la vie au Moyen-Âge ou sur une autre planète… Pourquoi créer un personnage non-binaire serait-il plus difficile?
    Je pense que c’est lié au caractère sensible du sujet…mais pour ma part, je suis partie du principe que Camille était avant tout une personnalité. Et je n’ai pas cherché à l’ériger en porte-parole d’une cause. C’est un personnage qui a sa vie, ses idées et ses opinions qui n’engagent que lui. Comme on le disait sur le sujet, chacun vit et ressent son genre différemment. Au final, tout est possible…et c’est la même chose pour un personnage.
    (Bon, peut-être que je me suis lamentablement vautrée avec tout ce que j’ai fait sur Camille et que ça ne paraîtra absolument pas crédible… mais on verra aux corrections ^^).

  3. Ah oui, les thèmes masculins… dans ma tête, ces thèmes sont masculins car découlent presque tous de la guerre en cours. Le handicap, la mort, la culpabilité, le SSPT sont liés au fait d’être des combattants.

    Personnages masculins et féminins. Ca devrait être la même chose. Peut-être qu ça le serait dans un monde idéal ou chacun serait libre de son expression et de son identité de genre? En attendant, Muse est en train de me prendre la tête sur un éventuel personnage trans. Je ne te raconte pas les noeuds au cerveau ^^.
    Le soucis de ce genre de personnages (de tout personnage en fait), je pense, c’est qu’il ne suffit pas de savoir qu’ils existent, il faut les comprendre. Je pense que chaque écrivain, s’il veut éviter les clichés, est limité par sa propre compréhension. On peut comprendre une race que l’on créé. Il est déjà plus difficile de comprendre un peuple existant étranger. Après, l’identité de genre ne réponds à aucun critère général. Mais si tu ne ressent pas sa possibilité, je pense que c’est difficile de le faire en restant cohérent.
    Camille est cohérent pour moi. Peut-être parce que c’est un personnage créé autour d’un background, d’une identité et d’un caractère approfondi qui ne se limite pas à une question de genre. Si les réactions d’un personnage sont fondées sur son histoire et son caractère, pour moi, il est fondamentalement cohérent, indépendamment de ses opinions.

  4. Pourquoi penses-tu que les femmes sont si différentes ? Tu en es une, non ? (ou tu ne t’identifies pas comme telle ?)
    L’expression « garçon manqué » est une horreur sans nom. Elle renvoie vers une supériorité du masculin sur le féminin. Vers une division des sexes selon leur intérêts.
    Je déteste le rose et Petit Poney, j’adore le jeu de rôle et l’escalade. Je suis un garçon manqué ? Non. Je suis une femme pas « comme les autres » ? Non.
    Qui sont ces autres femmes dont on se suppose si différentes ? Qu’on range sous un cliché ? Et pourquoi ressent-on le besoin de se différencier d’elle ? Comme pour se sentir meilleure.
    « Je ne suis pas comme les autres. »
    Quelle horreur cette expression. A-t-on vraiment besoin d’enterrer tout son genre pour se sentir meilleure et différente ?
    Les femmes sont diverses, ont des aspirations, des sentiments, des envies. Vous en rencontrez suffisamment pour le savoir. Elles aiment tout et rien. Elles s’intéressent. Certaines ont des goûts supposés féminins, d’autres non.
    Elles ne sont pas différentes des hommes.
    Et non, la guerre n’appartient pas aux hommes. Rien ne leur appartient, tout comme rien n’appartient aux femmes.
    La seule différence, le genre.
    Le reste, le reste ce n’est que cliché, idées patiemment enfoncées dans nos crânes par la société patriarcale et l’éducation genrée.
    Si le sujet vous intéresse, je vous invite à mettre le pied dans les milieux féministes, à lire sur le genre, à creuser l’influence de l’éducation, de la représentation.
    Bien sûr que par défaut, on pense à des personnage masculin. Vous savez pourquoi ? Vous en avez bouffé à toutes les sauces depuis votre enfance. On nous a abreuvé de leurs aventures, leurs pensées, leurs dilemnes.
    Les femmes ? Elles ne sont là que pour jouer le love interest, la demoiselle en détresse ou la mère assassinée. Elles peuvent l’être, oui, mais pas que.
    Vous ne voulez pas écrire de femmes ? Soit.
    Mais quand je lis « Les hommes me viennent facilement, avec une compréhension de leurs actes, de leurs réactions… que j’ai beaucoup de mal à avoir sur les personnages féminins. »
    Mon coeur saigne, et j’ai mal au ventre. Parce que je vois tout le méfait de la société patriarcale et de la mysoginie internalisée.
    En tant que femme, trouver que les hommes sont plus faciles à comprendre et écrire ? Vraiment ? Après avoir vécu depuis ta naissance dans le corps d’une femme (encore une fois, si tu ne t’identifies pas comme telle, soit) ?
    Oui, j’ai de la peine.
    Parce que cela veut dire que les femmes te sont différentes, étrangères. Et il y a là un déphasage monstrueux de « je ne suis pas comme les autres femmes, les « vraies » femmes ». Les clichés, oui.
    Bref, j’arrête là mon rant.
    Et je vous invite, commentateurs compris, à aller chercher du côté des ressources féministes, il y a toutes les réponses à vos questions. 🙂

    1. Je vais essayer de répondre, au moins partiellement, à tous les points soulevés dans ce commentaire.
      Tout d’abord, est-ce que je m’identifie comme une femme ? Je pense que la réponse est dans l’article, même si j’avoue que ce n’est pas dit de manière totalement explicite. Je vais donc repréciser. Cette réponse est « non, pas totalement ».
      L’expression « garçon manqué ». Oui, j’avais conscience du risque de provoquer des réactions épidermiques en l’utilisant. J’ai décidé de le faire quand même. Pourquoi ? Parce que ce terme fait partie de ma réalité, de mon identité telle que je la ressens et souhaitais l’exprimer. Est-ce que certain(e)s peuvent se sentir diminué(e)s, insulté(e)s par ces mots ? Sans aucun doute et je respecte ce ressenti. Est-ce trop demander que de respecter le mien et mon droit à utiliser cette expression pour me définir moi, sans chercher à l’imposer à quiconque ?
      La guerre est-elle une affaire d’homme ? Elle ne devrait pas l’être, nous sommes d’accord. D’ailleurs, dans mes textes, plusieurs guerriers d’élite sont des femmes. Je ne les ai pas évoquées dans cet article parce que ce sont des personnages secondaires, donc forcément moins caractérisés. Maintenant, n’est-il pas réaliste et crédible de dire que sur les champs de batailles, aujourd’hui et depuis des siècles, dans la plupart des pays, les combattants sont majoritairement des hommes ? Je ne crois pas porter un jugement en disant cela, juste énoncer une réalité.
      Quand à cette phrase « je ne suis pas comme les autres », je l’ai cherché, je ne l’ai pas trouvé dans mon texte. Pas plus que « je suis meilleure ». Je ne pense pas, dans cet article, avoir porté le moindre jugement sur quiconque. Je me suis contenté d’évoquer un ressenti personnel, qui m’est propre. Pourtant, dans ce commentaire, je lis un jugement. Une négation de mon ressenti, de l’identité que j’ai tenté de mettre en mots. Sans doute un peu maladroitement, je te l’accorde.
      Alors oui, les hommes me viennent facilement, avec une compréhension de leurs actes, de leurs réactions… que j’ai beaucoup de mal à avoir sur les personnages féminins. Je le redis parce que je le pense et le ressens. Est-ce dû à mes lecture et à notre société ? En partie, évidemment. Je ne crois pas que qui que ce soit puisse s’en affranchir totalement. Est-ce dû à mon identité ? Oui. Dois-je me sentir honteuse de l’avoir écrit ? Non. Parce que c’est ma réalité. Le nier, ce serait me nier moi-même. Porter un jugement de valeur négatif sur ce que je suis. Je m’y refuse.
      Je ne suis pas contre le féminisme. Je suis contre ceux qui portent des jugements sur les autres, et leur disent ce qu’ils sont censés ressentir.

    2. A nouveau, Vestrit, je ne suis pas d’accord avec toi.
      Je ne vais pas revenir sur l’intérêt de la représentation des femmes (ou autres groupes d’ailleurs) dans la littérature. Sur ce point, notre discussion de l’après-midi m’a assez convaincue.

      En revanche… Je suis désolé, mais rien ne te donne le droit de nous juger (nous les femmes qui nous considérons comme des garçons manqués ou qui ne savons pas écrire des femmes), de dire que tout ce qu’on cherche à faire c’est nous sentir supérieures et différentes.
      Parce que ce n’est pas le cas. Je ne considère par les hommes comme supérieurs aux femmes (ni l’inverse, d’ailleurs, j’ai toujours mis les deux sur un pied d’égalité – sans doute à tort mais on parle ici d’expérience personnelle et pas de fait statistique.) Je ne me considère pas comme supérieurs aux femmes qui ont des manières plus « féminines », je dis juste que je ne reconnais pas dans l’image qu’elles me renvoyent.
      Quand je dis que je suis un « garçon manqué », je dis juste que je me considère plus proche d’une manière d’être « masculine » (ou considérée traditionnellement comme telle) que « féminine », et que je n’ai pas la moindre envie de faire des efforts pour changer ça parce que je n’en vois pas l’intérêt.
      Ca dit aussi que d’une manière statistique j’ai plus de loisirs en commun avec des garçons qu’avec d’autres filles. J’ai rarement eu des amies proches durant ma scolarité, parce que j’aimais pas parler couples, potins, fringues, parce que je préférais les bagnoles, les armes, les vaisseaux spatiaux et les jeux vidéos. Et oui, c’est peut-être cliché, mais c’est aussi une réalité observable – du moins c’est ma réalité et mon ressenti.

      Et oui, on peut avoir du mal à écrire des femmes. Parce qu’on n’a pas envie d’écrire sur ce qu’on est. Parce qu’on a peur d’être jugées dès qu’on va le faire (elle est trop féminine, elle l’est pas assez, elle se maquille trop, elle porte pas assez de parfum, elle est trop cariériste, elle s’occupe trop de son foyer, blablabla). Parce ce qu’en fait les femmes me sont aussi étrangères que les hommes, mais j’ai fait des efforts pour voir ce qui se passait dans une cervellle masculine et pas dans une féminine (même si en fait il se passe des trucs silimaires). Parce qu’au final, on a cotoyé plus de garçons que de filles. Ou peut-être parce qu’au final, on s’en fout peut-être d’être une femme, et que ce n’est pas quelque chose qu’on considère comme important.
      C’est un peu mon cas. Je suis une femme par défaut, parce que j’ai des seins, un vagin et des putains de règles tout les mois. Rien de plus, rien de moins. Et j’aurais été un hommme ma vie n’aurait pas été si différente – du moins pas ce qui fait que je suis fondamentalement moi. J’aurais sans doute eu la même passion pour les pirates, les westerns et les romans de cape et d’épées. J’aurais bavé sur les bateaux et les jolies armes blanches autant que je le fais. J’aurais fait de l’escrime aussi, je serais aussi en doctorat de biologie, et je me poserais les même questions sur mon avenir, parce que ce que je reproche à la recherche n’a rien à voir avec mon sexe. Je lirais autant de SF et de fantays, je jouerais autant à la console, j’aurais construit les même maquettes. Alors, oui, j’aurais peut-être moins peur de me ballader seule le soir. Mais je serais toujours moi.
      Alors au final, que mes persos soient des hommes ou des femmes ? Je m’en fous un peu, tant que je les aime.

  5. Bonjour tout le monde,

    Je voudrais comprendre votre point de vue sur les personnages féminins.

    Personnellement, je prends autant de plaisir à inventer des personnages féminins que masculins (et aussi bien des personnages féminins dans des sociétés matriarcales/patriarcales/neutres que des personnages masculins dans des sociétés matriarcales/patriarcales/neutres) Ces différents personnages se caractérisent par leur place dans leur société ; mais aussi par leurs caractères respectifs, forgés par leur propre expérience, par leur environnement.

    Quand je vous lis à chaud, j’ai l’impression qu’il n’y aurait qu’un seul type de personnage féminin : celui que vous n’arrivez pas à placer en protagoniste (parce que vous n’arrivez pas à le cerner – trop proche de vous, ou pas assez, selon les situations). Que l’absence de personnages principaux masculins révèle une préférence, ça, je le comprends très bien. On peut préférer les héros aux héroïnes ; et inversement. On est encore libre d’écrire d’avoir les protagonistes qu’on veut. ^^ Par contre, je n’arrive pas à comprendre la généralisation sur les personnages féminins ; parce que, de mon côté, je suis convaincue qu’il existe autant de femmes qu’il existe d’individus. Chacune est différente. Tout comme les hommes sont différents.

    Par exemple, je comprends qu’on puisse ne pas aimer écrire un trait de caractère (admettons, un personnage timide; parce qu’il agit d’une telle façon et parce qu’il faut se projeter pour appréhender ses réactions) Alors qu’une femme, elle peut avoir n’importe quel caractère. C’est pas le fait qu’elle ait des seins ou des règles tous les mois qui feront qu’elle sera introvertie ou extravertie ; mais son environnement, son expérience, son entourage, etc.

    Du coup, je suis vraiment intéressée de savoir ce qui vous freine dans le recours aux personnages féminins ? Est-ce vraiment une difficulté liée au sexe ? ne serait-ce pas plutôt lié aux traits de caractère supposément féminins ? Ou alors, ne serait-ce pas tout simplement une préférence pour les personnages masculins?

    Et pour clarifier les choses, je ne porte aucun jugement – je souhaite juste comprendre, car je fonctionne de manière très différente à ce sujet 😉

    1. Je vais répondre pour moi. Enfin, essayer de répondre, vu qu’au final j’en sais rien. (je ne saurais pas plus répondre si on me demandait d’expliquer pourquoi le préfère le sucré au salé).
      Une chose est claire, j’ai une préférence nette pour les persos masculins, je cherche même pas à le nier, et je l’assume totalement. J’ai plus d’empathie pour un homme que pour une femme, ça a été prouvée scientifiquement (ou presque).
      Après, pourquoi j’arrive pas à les écrire. D’une part, parce que quand ils se manifestent dans ma tête, ce sont des hommes, rarement des femmes, donc il faut que je fasse l’effort conscient de les changer de sexe. Et soyons franches, jusqu’à tout récemment je ne voyais pas l’utilité de le faire. Mes persos étaient une histoire, une manière d’être, des convictions, avant d’être un sexe/un genre.
      D’autre part, parce qu’en temps que femme qui ne se reconnait pas dans l’image traditionnelle de la féminité, j’ai un regard assez dur sur les héroines qu’on peut me présenter en littérature, et qui au final ne me ressemblent souvent pas (j’ai déjà assumé mon gout pour des hobby/ des comportements plus « masculins » plus haut, je vais pas revenir dessus). Donc, ça me met une pression supplémentaire, parce que je vais avoir tendance à vouloir rendre mon éventuelle héroine « parfaite » (ou du moins à présenter une image à laquelle moi je peux m’identifier)… et donc ce ne sera pas un perso naturel.
      Après, je suis consciente que c’est bizarre comme manière de voir les choses, et je suis aussi parfaitement consciente que la diversité des femmes est aussi importante que celle des hommes, et que je ne suis pas du tout rationnelle.
      N’empêche que je préfère écrire des hommes.
      M’enfin, je fais des progrès, mon nombre de femme en perso secondaires croit de manière exponentielle au fur et à mesure que mon challenge avance. Et elles sont assez variées, et normalement pas clichées, et je les aime bien.
      Donc, faut pas perdre espoir !

    2. J’ai beaucoup réfléchi à ta question, et je crois avoir enfin trouvé la réponse !

      Alors, pour être franche, j’ai conscience que techniquement, la plupart de mes persos masculins pourraient très bien devenir des femmes sans que cela ne change leur caractère (leur background éventuellement, pour des raisons sociétales). Ce n’est pas pour rien que dans mon T2, Julian et Myranda s’entendaient si bien. Myranda étant un peu le double féminin de Julian.
      Le soucis, c’est que mes personnages me viennent en tant qu’individus, avec leur caractère, leur background (ils popent comme dirait Luxia). Et dans 99% des cas, ce sont des hommes. Les transformer en femmes à ce stade, pour des raisons de représentation ou pour faire du « politiquement correct », serait pour moi aussi violent que d’imposer à une personne une identité sexuelle qui ne lui correspond pas. Je ne peux pas, tout simplement. J’aurais l’impression de les trahir, de les dénaturer.

      Le cas des personnages secondaires ou tertiaires est différent, parce que souvent, ils sont créés pour répondre à un besoin de l’histoire. Dans ce cas, je peux choisir de créer des femmes. Je le fais parfois, lorsque c’est cohérent avec contexte et dans les rapports qu’ils doivent entretenir avec les principaux. Ce n’est pas ce qui me vient le plus naturellement. Mais c’est possible et de ce fait, les femmes sont de plus en plus présentent dans mes histoires… en personnages secondaires.

  6. Personnellement je ne pense pas en terme d’homme ou de femme mais d’individu. Que ce soit pour des humains ou pour des aliens etc d’ailleurs. On est tous différents et c’est notre richesse.

    Si un personnage féminin ne te viens pas à l’esprit je n’ai qu’une chose à dire: ne te force pas ! On peut créer le monde que l’on veut, alors pourquoi faire quelque chose que l’on ne sent pas ? Là c’est sûr t’as de grande chance de finir dans le cliché. Si tu veux parler d’amour entre deux êtres en prenant deux hommes parce-que c’est ce que ça t’inspire alors fais le ! Et n’y réfléchis pas trop, rien de mieux que l’instinct.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.