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Livre, Rencontres

Hyacinthe, de Erika Boyer

Me revoici pour ma chronique du mois en tant que jury du Prix des Auteurs Inconnus. Il s’agit du roman Hyacinthe de Erika Boyer. Comme pour toute chronique liée à ce prix, je garantis un article sans spoiler.

Couverture du roman "Hyacinthe"

C’est le roman que j’attendais ! Celui dont je suis tombée amoureuse sur les dix premières pages lors de la présélection. J’en attendais énormément, j’ai donc forcément été un peu déçue (disons juste qu’il ne s’agit pas d’un coup de coeur malgré ses qualités). Pourtant, il y a beaucoup de bon dans ce texte et j’ai même eu, en lisant la postface, une très agréable surprise qui m’a fait revenir dessus et l’a fait résonner juste un peu plus fort. J’y reviens tout de suite !

Tout d’abord, donc, cette postface. Elle détaille un peu plus un élément indiqué par le résumé (et que j’avais honteusement oublié) : le fait que les personnages soient inspirés des divinités gréco-romaines. Le découvrir à la fin du livre a éclairé certains éléments d’une manière que je n’avais pas du tout vue en première lecture ! J’ai passé un très bon moment, après cette découverte, à revenir sur ce texte et à décortiquer les différents personnages afin de retrouver les références en questions et de définir des pronostics pour les tomes suivants. Car j’ai bien l’intention de les lire ! À mon avis, cette oeuvre mérite qu’on lui accorde la vue d’ensemble qui permettra de l’apprécier au maximum.

Ceci étant dit, revenons à cette romance. Le fil d’intrigue est très classique pour ce genre : personnages plus ou moins amochés, rencontre, apprivoisement, lune de miel, obstacles, résolution. Pas très original ? Aucune importance pour moi dans ce premier livre. Car si l’intrigue n’en constitue pas le point fort, elle reste crédible. Et ce côté « classique » permet de mettre en valeur les points forts de ce livre. Si je devais malgré tout faire un reproche dessus, je dirais que la partie « lune de miel » a été un peu trop longue et trop « romantique » à mon goût. Mais je suis une lectrice/autrice de romance beaucoup trop anti-romance pour mon propre bien, je crois.

Évoquons maintenant le point fort de Hyacinthe : les personnages. Et bien sûr : Hyacinthe. Oui, comme toujours, j’ai préféré le personnage masculin. Il est plus complexe, globalement plus travaillé que l’héroïne (ce qui s’explique avec la postface). Et encore une fois, c’est un perso comme je les adore : un abord dur, très renfermé, mais qui cache un cœur tendre et une vulnérabilité juste assez présente pour nous faire saigner le cœur. Ce n’est pas un spoiler, Hyacinthe est handicapé et défiguré. Et cet état de fait est bien entendu au cœur de son rapport au monde et aux autres… sans jamais tomber dans le trop-plein d’autoapitoiement. Un équilibre plutôt réussi en ce qui me concerne !

L’héroïne est donc moins creusée, mais elle n’en est moins crédible et indépendante. Aléa a une vie ennuyeuse, occupée par un job qui ne lui correspond pas car elle n’ose pas se lancer dans la joaillerie. Lorsqu’elle se voit proposer un apprentissage auprès de Hyacinthe, son idole, elle n’hésite cependant pas à tout plaquer pour tenter l’aventure. Ce qui rend Aléa vivante, et lui permet de former un couple équilibré avec Hyacinthe, c’est qu’elle est elle aussi une artiste, à la fois passionnée, courageuse et indépendante. À aucun moment, malgré son admiration pour lui, elle n’acceptera de rester dans son ombre. Et c’est ce qui en fait un personnage que l’on a grand plaisir à suivre malgré son absence de background mémorable. Et ce n’est pas plus mal, tout le monde n’a pas eu une enfance traumatisante. Montrer des gens équilibrés qui ont eu une famille aimante, c’est aussi ça la diversité.

Bien sûr, les héros ne se limitent pas au « couple » et j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir et suivre les personnages secondaires de ce texte qui sont également très travaillés. Tout d’abord, les mères de Hyacinthe. Car oui, nous avons ici une famille monoparentale référente, avec deux figures maternelles positives et censées, qui ont tout fait pour apporter amour et équilibre à un gamin brisé. Et plus que tout, qui n’hésitent pas à lui remettre les idées en place quand il envisage de faire des conneries. Et qui sont écoutées ! Quand Hyacinthe a évité, grâce à elles, de tomber dans l’un des poncifs récurrent et agaçant de la romance, j’ai eu envie de les embrasser ! N’oublions pas, bien entendu, les deux meilleurs amis : Aaron et Alexa, qui sont des personnages présents mais pas trop, avec des caractères bien trempés !

Je termine enfin avec un petit bémol : un élément qui peut sembler du détail, mais qui m’a mise extrêmement mal à l’aise. Je ne peux pas détailler les circonstances [NO SPOILER], mais je peux vous dire que le héros fait quelque chose, au cours du roman, qui pour moi est mal. Ce n’est pas dramatique, mais ça touche à la confiance et je dois avouer que quand je l’ai découvert, j’ai été hyper déçue par lui. Vous allez me dire : c’est bien que les héros aient aussi leurs défauts. Oui, complètement. Sauf qu’ici, de tous les personnages du livre (même sa meilleure amie caractérielle), personne ne réagit à son acte. Comme si c’était absolument normal et sans gravité. Alors que pour moi, ça ne l’est pas. Et cette absence  de conséquences m’a donné le sentiment que son action était validée, rendue acceptable. Alors que soyons clair : non. Pardonnable, explicable : oui. Normale : absolument pas ! Et je dois avouer que cet élément a un peu gâché la fin de ma lecture, car je me suis retrouvée à en vouloir à Hyacinthe sur les dernières pages. Un peu dommage, en ce qui me concerne. (D’ailleurs, si l’autrice passe par là, je serais curieuse d’avoir son point de vue sur cette question. Est-ce que ce côté « malaise » était recherché ou pas du tout ?)

Pour terminer, petit point sur le style. L’écriture est belle, fluide. Je reprocherais personnellement le choix d’une narration omnisciente un peu trop distanciée, mais j’ai conscience qu’il s’agit surtout d’une histoire de goût (je ne jure que par la focalisation interne, sorry pour tous les autres). Quoi qu’il en soit, la narration est bien gérée, élégante, laisse la place à de belles descriptions et à l’émotion. Une belle manière de raconter cette histoire !

Vous voulez en savoir plus sur l’autrice ? Retrouvez-la également sur sa page Facebook !

4 réflexions au sujet de “Hyacinthe, de Erika Boyer”

  1. Merci beaucoup pour cette chronique ! Elle est super détaillée, c’est vraiment agréable de la lire et de voir ce que vous (tu ?) avez aimé ou non. Et du coup, je suis extrêmement curieuse de savoir de quoi vous parlez pour Hyacinthe, ce qu’il a fait qui vous a gênée, parce que si je suis pour les personnages avec des défauts, il y a des choses que je ne tolère pas (mes personnages sont toujours féministes, respectueux des animaux et de la nature, ni racistes, ni homophobes, etc…) alors si j’ai fait quelque chose de mal, j’aime autant le savoir >~< N'hésitez pas à me dire en privé de quoi vous parlez si vous avez le temps ! Et si vous avez la possibilité de poster votre avis sur Amazon, cela m'aiderait beaucoup aussi.

    Quoi qu'il en soit, merci beaucoup pour ce retour riche. J'ai beaucoup aimé le lire.

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